Vous versez chaque année plusieurs milliers d’euros à la CARPIMKO, et vous n’avez jamais vraiment su ce qui se cache derrière ces lignes sur votre appel de cotisations. Vous n’êtes pas seul. La plupart des auxiliaires médicaux libéraux paient, régularisent, paient encore, sans avoir la moindre image de ce que ça leur construit. On va y remédier.
Ce que la CARPIMKO finance réellement
La CARPIMKO ne gère pas un seul régime. Elle en gère quatre, tous obligatoires, tous distincts dans leur logique et leurs droits. Chaque cotisation versée ouvre des droits précis : rien n’est automatique, rien n’est offert. Si vous ne cotisez pas, vous ne bénéficiez de rien. C’est aussi simple que ça.
Voici la structure complète des quatre régimes, avec leur nature et leur rôle concret :
| Régime | Nature | Ce que ça vous apporte concrètement |
|---|---|---|
| Régime de base | Retraite | Validation de trimestres et acquisition de points pour la pension de retraite |
| Régime complémentaire | Retraite | Points retraite supplémentaires, proportionnels aux revenus depuis 2026 |
| ASV (Avantage Social Vieillesse) | Retraite | Points retraite supplémentaires, réservés aux praticiens conventionnés, en partie financés par la CPAM |
| Régime Invalidité-Décès (RID) | Prévoyance | Protection en cas d’incapacité professionnelle, rente invalidité, capital et rente décès pour les ayants droit |
Ces quatre régimes forment un socle de protection sociale que l’exercice libéral ne génère pas spontanément. Votre statut d’indépendant ne vous offre aucun filet salarial : c’est précisément ce que vos cotisations CARPIMKO viennent construire, année après année.
La retraite de base : des trimestres, des points, un capital invisible
C’est souvent le régime qu’on comprend le moins, alors que c’est lui qui détermine en grande partie le montant de votre future pension. Le fonctionnement repose sur deux mécanismes simultanés : la validation de trimestres, qui conditionne l’âge auquel vous pouvez partir sans décote, et l’acquisition de points, qui fixe directement le niveau de votre pension.
Les cotisations sont proportionnelles aux revenus, sur deux tranches distinctes. En 2026, vous cotisez à hauteur de 8,73% sur la première tranche, pour des revenus jusqu’à 48 060 euros. La deuxième tranche s’applique à un taux de 1,87% sur les revenus allant jusqu’à 240 300 euros. Chaque année d’exercice remplit un compteur silencieux. On ne le voit pas, on ne le mesure pas facilement au quotidien, mais ce compteur sera le seul baromètre de votre retraite lorsque le moment viendra.
Le régime complémentaire : ce qui change vraiment en 2026
C’est là que la réforme de 2026 fait le plus de bruit. Depuis le 1er janvier, la cotisation forfaitaire qui garantissait automatiquement 8 points de retraite complémentaire par an a été supprimée. Ce plancher de droits, qui existait depuis 1996, a disparu. Désormais, la cotisation est entièrement proportionnelle à l’assiette sociale, avec un taux unique de 8,7%, encadré par un plancher à 0,5 PASS (24 030 euros) et un plafond à 3 PASS (144 180 euros).
Ce changement mérite qu’on s’y arrête. Voici ce qui se traduit concrètement pour les praticiens :
- La cotisation forfaitaire de 2 312 euros est supprimée et ne génère plus de points automatiques.
- Les praticiens dont les revenus sont inférieurs à 24 030 euros cotisent sur ce plancher, soit une cotisation minimale de 2 090,61 euros.
- Entre 24 030 euros et 144 180 euros, la cotisation est strictement proportionnelle aux revenus.
- Au-delà de 144 180 euros, la cotisation plafonne à 12 543,66 euros.
- Les points acquis sont désormais uniquement proportionnels au montant cotisé, sans aucun point « offert ».
Pour les petits revenus, l’impact est double : on cotise moins, mais on accumule moins de droits aussi. Le filet automatique n’existe plus. Ceux qui gagnent peu devront garder ça en tête pour envisager un complément d’épargne retraite.
L’ASV : la part que la CPAM paie pour vous
L’Avantage Social Vieillesse est sans doute le régime le plus ignoré des quatre, et pourtant il recèle une mécanique très avantageuse que la plupart des praticiens ne réalisent pas. La cotisation ASV se décompose en deux parties : une part forfaitaire globale de 671 euros, dont seulement 224 euros sont à la charge du praticien, les 447 euros restants étant directement réglés par la CPAM. À cela s’ajoute une cotisation proportionnelle de 0,40% des revenus conventionnés, là encore partiellement prise en charge par la CPAM (0,24%, contre 0,16% pour vous).
Ce mécanisme est conditionnel : il est réservé aux seuls praticiens conventionnés. Un auxiliaire médical qui exercerait hors convention ne bénéficie d’aucune contribution de l’Assurance Maladie à ce titre. La conventionnement ne régit pas seulement vos honoraires, il détermine aussi une partie de votre protection retraite.
Le régime Invalidité-Décès : la protection qu’on espère ne jamais utiliser
Ce régime, personne ne se réjouit d’en avoir besoin. Et pourtant, il peut tout changer. La cotisation forfaitaire du RID est fixée à 1 022 euros en 2026. Elle est due par tous les affiliés, sans exception, y compris ceux qui se trouvent déjà en arrêt de travail et qui bénéficient des prestations du RID depuis 2025.
Ce que couvre concrètement ce régime mérite d’être détaillé. En cas d’incapacité professionnelle totale depuis au moins six mois, la CARPIMKO prend en charge vos cotisations retraite de base et complémentaire, et vous attribue des points gratuits calculés à hauteur de 50% de la moyenne de vos trois dernières années de cotisations. En cas d’invalidité totale, une rente de 20 160 euros par an est versée, et de 10 080 euros par an en cas d’incapacité partielle. Au décès, un capital peut atteindre 54 432 euros pour un conjoint avec enfants à charge, auquel peut s’ajouter une rente de survie de 10 080 euros par an jusqu’aux 65 ans du conjoint survivant. C’est le régime qu’on finance sans y penser, jusqu’au jour où c’est lui qui tient debout à votre place.
Comment sont calculées vos cotisations concrètement
Depuis avril 2026, le calcul repose sur une assiette sociale unifiée, commune à toutes les cotisations et contributions sociales. Fini les deux bases de calcul distinctes : une seule formule s’applique désormais. Elle part du revenu professionnel brut, duquel on soustrait les charges d’exploitation pour obtenir le revenu brut social, auquel s’applique ensuite un abattement de 26%. Le résultat constitue l’assiette sociale, transmise automatiquement à la CARPIMKO par l’URSSAF après votre déclaration de revenus.
Si vous anticipez une variation importante de vos revenus, à la hausse ou à la baisse, vous pouvez déclarer un revenu estimé depuis votre Espace Personnel, avant le 10 du mois en cours, pour adapter vos prélèvements et éviter une régularisation douloureuse en fin d’année. Attention : si votre revenu définitif dépasse de plus d’un tiers votre estimation, des majorations s’appliquent. Le simulateur officiel de la CARPIMKO permet d’estimer votre cotisation en quelques clics en renseignant simplement votre assiette sociale.
Ce que beaucoup de praticiens ne savent pas (et qui coûte cher)
Ces informations existent dans les textes officiels, mais elles sont noyées dans un langage administratif que peu de praticiens prennent le temps de déchiffrer. La première année d’installation, l’ACRE (Aide à la Création et à la Reprise d’Entreprise) permet une exonération partielle, voire totale des cotisations selon les revenus. Beaucoup passent à côté, simplement parce qu’ils ne savent pas que ça existe ou qu’il faut en faire la demande.
Autre piège fréquent pour les nouveaux affiliés : les cotisations sont appelées à l’avance, sur la base de revenus provisionnels, avant même d’avoir déclaré quoi que ce soit. Le choc peut être rude si on ne l’anticipe pas. La déductibilité des cotisations, quant à elle, dépend du statut et du régime fiscal choisi, ce n’est pas automatique ni identique pour tous. Et si vous ne déclarez pas vos revenus dans les délais, la CARPIMKO est en droit de calculer une cotisation d’office sur l’assiette maximale, soit une facture au plafond, sans recours immédiat. On paie sans comprendre, on régularise dans la douleur. Comprendre le système, c’est déjà se protéger.
Vos cotisations CARPIMKO ne sont pas une ponction sur vos revenus : elles sont le seul filet que vous avez tendu sous votre propre exercice libéral.




